Ainsi va la vie - Maxime Dumas

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Ainsi va la vie

Ainsi va la vie - Maxime Dumas

J’avais une grande tante que l’on appelait pizza. Elle avait plein de tache solaire sur la peau, qui ressemblaient à celles que l’on pouvait voir sur le bord des pizzas. Elle dégageait aussi sans cesse, une certaine odeur à cause de son exposition prolongée, face aux marmites qui cuisaient en permanence chez elle. Elle avait l’habitude de faire la cuisine pour plusieurs dizaines de personnes. C’était sans aucun doute la seule chose qu’elle savait faire, et certainement aussi, son seul plaisir. Elle avait eu beaucoup d’enfants, du genre glouton, qui mangeaient sans cesse. Nous, les petits-enfants, nous n’étions pas mieux. La guerre que l’on se faisait, pour être assis à sa table, pour manger ses pâtes fraîches avec ses sauces tomate délicieuses, ou encore les quelques pâtisseries dont elle avait le secret, restaient toute dans les mémoires de ceux qui les subissaient. Nous étions prêts à tous nous bousculer pour avoir la certitude d’être bien servis. Une chance qu’elle ait eu des sœurs comme ma grand-mère pour nous montrer un peu de savoir-vivre et nous corriger en cas de manque de respect. Ce qui était chose habituelle dans toute ma prime jeunesse.

Elle nous quittait aujourd’hui, en nous laissant de multiples souvenirs. Je me rendais compte soudain, qu’aucun de nous, en parlant de ceux de ma génération, ne savait cuisiner. Nous n’avions jamais fait l’effort de venir récupérer son savoir pour le porter en nous et l’offrir par la suite à ceux qui suivent. Je ressentais comme un pincement au cœur de n’avoir eu assez d’esprit pour aller récolter le don de cette vieille femme. Je me sentais complètement vide. En descendant dans la cuisine où il y avait tant de bruit d’habitude, où la vie était permanente, aux mille odeurs au fumet alléchant qui venait sans cesse nous titiller les narines, j’apercevais dans un petit coin, derrière un saladier, un petit morceau de biscuit fait maison, qui avait certainement été fait la veille par ma grand-tante. Je le regardais comme on regarde un objet éphémère d’une valeur inestimable. Éphémère certes, car il finissait obligatoirement en fondant sur ma langue. C’est ainsi que je faisais mes adieux à cette grand-tante qui avait su grâce à son don culinaire nous réunir et faire de nous une vraie famille. J’assistais aujourd’hui, en ce jour de deuil, l’effondrement de toute cette structure familiale. Je ne pouvais rien y faire. Personne n’y pouvait. C’est ainsi.