Mon voisin le mélomane - Maxime Dumas

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Mon voisin le mélomane

Mon voisin le mélomane - Maxime Dumas

Je ne supporte pas d’être dérangé pendant ma sieste. Alors que, un samedi après-midi, je dormais tranquillement à l’ombre d’un parasol, le corps étendu sur ma chaise longue, j’entendis le son d’un instrument de musique. Sorti des brumes de mon sommeil, je reconnus un saxophone dont le propriétaire tentait, avec l’énergie du désespoir, de sortir des notes. Les couinements et les barrissements qu’il en tirait n’avaient, à mon oreille, rien à voir avec un blues ou un cha-cha-cha. Évidemment, je ne pus me rendormir, comme je l’aurais souhaité. Je sentais monter en moi, un énervement de plus en plus pressant. Je me levais, décidé à faire entendre à ce voisin musicien ce que je pensais de sa nouvelle lubie.

Aimé, mon voisin de gauche, est un homme qui peut être charmant. Il nous offre souvent les fruits et les légumes qu’il cultive dans ses potagers et dans son verger. Quand il essaie une recette, il prépare toujours un plat supplémentaire. Pour les grandes occasions, nous l’invitons, et il vient toujours avec un cadeau pour ma fille, des fleurs pour ma femme, et une bouteille de vin, qu’il choisit avec soin. Il sait que j’apprécie les bonnes choses, je suis un épicurien. Quand j’ai choisi mon rideau pour extérieur, je lui ai demandé son avis, car il a beaucoup de goût en décoration. Je n’ai pas à me plaindre de lui, sauf quand il décide de se mettre à étudier un nouvel instrument.

C’est un véritable homme-orchestre. D’abord, il y a une dizaine d’années, ce fut la batterie. Des jours et des jours, j’ai entendu les percussions rythmées, du moins qui essayaient de l’être. Car, malheureusement, Aimé n’a pas l’oreille musicale. Puis, il est passé au clavier. D’un synthétiseur se répandait, jusque tard le soir, des accords plaqués avec méthode, des gammes maladroites. Et, maintenant, c’est le tour des cuivres. Pour commencer, il joua de la trompette des jours entiers. Ensuite, le cor de chasse sonna tant et tant que j’en rêvais la nuit. Et maintenant, le saxophone, depuis aujourd’hui, qui résonne dans tout le quartier.

J’ouvre la barrière que j’ai installée entre nos deux jardins. Aimé ne m’entend pas, tout à sa musique. J’ai apporté avec moi un vieil accordéon qui traînait dans le grenier. Il est énorme, et le son qui en sort est tel que je pourrais réveiller une ville entière endormie. Je m’approche par derrière, et je plaque un accord sur l’instrument, tout en le dépliant et le repliant. Aimé sursaute, et, étonné, me proposa : « C’est avec plaisir, si tu veux te joindre à moi. »