Un attachement inconditionnel à mon pupitre - Maxime Dumas

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Un attachement inconditionnel à mon pupitre

Un attachement inconditionnel à mon pupitre - Maxime Dumas

Attendre sous la pluie est un moment vraiment désagréable. J’étais très motivé, car la personne que je devais rencontrer, m’avait appelé pour m’acheter un objet d’occasion que j’avais mis en vente sur Internet. Je traînais mon pupitre d’écolier depuis que je savais lire. Je l’avais gardé de nombreuses années ensuite. Mais le temps de m’en séparer était venu, car je rentrais dans la vie active et un bureau plus grand m’était nécessaire. Grâce à une excellente planification financière personnelle, j’avais pu acquérir un bel appartement et du mobilier de qualité. Mon ancienne table de travail ne m’était plus d’aucune utilité, mais je gardais un souvenir nostalgique de toutes ces années que j’avais passées à travailler dessus les différentes matières que je révisais.

Le plan incliné du pupitre d’écolier faisait aussi office de couvercle. Le grand rangement qui se situait dessous avait accueilli mes premiers dessins, puis mes petits trésors. J’avais gravé mes initiales tout au fond, j’étais le seul à savoir où elles étaient. Avec les frottements, le bois s’était éclairci par endroits. Il présentait cette patine inimitable que le temps et l’usage confèrent aux vieux meubles. Le charme désuet qui s’en dégageait n’était plus d’actualité au milieu des choix de décorations modernes que j’avais faits.

Une de mes voisines, que j’avais invitée un soir à souper, me parla d’un site sur Internet où je pouvais mettre une petite annonce pour la vente de mon ancien bureau. Nous avons rentré le texte de l’annonce. Je fixais un prix qui me semblait convenable. Trois jours après, un message me prévenait qu’une personne était intéressée. Elle me proposait un rendez-vous pour finaliser l’achat. Je précisais qu’il était parfois difficile de se garer dans mon quartier. J’attendrais dehors, devant la porte de mon immeuble.

Pas de chance, le jour venu, il pleuvait. Une bruine fine, au début, mais les gouttes étaient de plus en plus grosses. J’avais couvert mon meuble d’une bâche. Mon acheteuse n’avait que cinq minutes de retard, mais comme elles me paraissaient longues ! Je vis un véhicule arriver. Une jeune femme me fit signe. Après qu’elle m’eut donné la somme pour son acquisition, elle embarqua sans ménagement mon pupitre, le coffre ouvert, l’eau dégoulinant sur mon ancien bureau. Quand je rentrais à mon domicile, ma nouvelle table de travail à la ligne design me parut froide et sans âme. Je reçus un appel le soir. Mon acquéreuse souhaitait annuler la vente, car le pupitre ne rentrait pas là où elle voulait le mettre. J’étais ravi, finalement, de le récupérer. Je réussis à vendre rapidement mon bureau moderne. J’étais tellement mieux avec l’ancien.